Profilage et pertes des liens sociaux au temps du coronavirus

Profilage et pertes des liens sociaux au temps du coronavirus

Depuis le début de la crise actuelle, la situation vécue par les personnes sans-abri dans les espaces publics n’a pas changé outre mesure, ne serait-ce que parce qu’elles sont toujours aussi susceptibles de faire l’objet de pratiques de profilage et de judiciarisation. Elles continuent de se faire insulter, chasser d’un endroit à un autre, remettre des contraventions, menacées d’en recevoir ou d’être victimes d’abus physiques. Elles font aussi déjà les frais des récents leviers légaux mis en place par les autorités en fonction d’impératifs de santé publique, armes ultimes de l’actuel état d’exception susceptibles d’être utilisées abusivement à leur endroit. Malgré la mobilisation et les moyens imposants mis en place pour répondre à plusieurs des besoins des personnes les plus marginalisées, ces temps de pandémie rappellent le caractère tout à fait relatif de bien des droits, à commencer par ceux de circuler, de ne pas se faire harceler et de ne pas basculer inutilement dans l’arène judiciaire.

La rue, lieu de socialisation

Ces jours-ci, tout est question de distanciation sociale et de confinement, injonctions dont ne sont pas exemptes les personnes en situation d’itinérance et marginalisées. Toutefois, les choses ne sont pas si simples lorsqu’on n’a pas de chez soi et que les liens tissés dans la rue demeurent des vecteurs de protection. Alors que la majorité d’entre nous pouvons, à l’abri dans nos appartements, converser physiquement avec notre famille, nos colocataires ou virtuellement avec des amis, qu’en est-il de ces personnes qui n’ont pas de logement ? Rappelons que l’espace de socialisation que sont les espaces publics constitue bien souvent le seul dont ces personnes peuvent bénéficier. Lorsque vous les croisez en allant à l’épicerie ou prendre une marche, sachez qu’elles perçoivent l’humeur générale, discernant les inquiétudes sur les visages des badauds qui circulent, ressentant nos craintes et nous voyant reculer devant leurs tasses à café qu’elles voudraient voir continuer de se remplir de quelques pièces.

Si d’aucuns profitent plus que jamais des vertus d’avoir un toit sur la tête et d’un réseau social élargi, pour ces personnes, il ne leur reste bien souvent que les quelques contacts développés dans la rue. Cette situation touche particulièrement les Autochtones vivant en situation d’itinérance. Dans certaines villes du Québec où la présence autochtone est importante, on remarque que l’itinérance autochtone est vécue de manière collective plutôt qu’individuelle. Dans ce sens, il est fréquent que les Autochtones choisissent de se rassembler pour partager une situation sociale donnée et pour s’entraider mutuellement. Ainsi, dans le contexte actuel, les personnes sans-abri ne sont donc pas plus rassemblées dans l’illégalité que les parents prenant une marche avec leur enfant, mais elles sont cependant beaucoup plus à risque de subir des interventions policières et d’éventuelles manifestations de répression. Actuellement, si certaines se sentent mieux à l’extérieur, ce n’est pas tant en raison de l’arrivée du printemps. Elles se voient menacées de recevoir un ticket pour s’être rassemblées alors que dès qu’elles franchissent l’entrée des refuges et d’autres lieux d’hébergement temporaires, elles continuent d’y subir une paradoxale promiscuité, compromettant leur santé déjà bien souvent fragile.

La vie normale mise sur pause, mais pas le profilage

Dans un contexte de crise sanitaire, où tous les lieux de répit (comme les commerces, les bibliothèques, les universités…) se sont refermés pour tout le monde, les pratiques de profilage ne semblent pas s’être interrompues malgré les appels au discernement.

La répression de l’itinérance et les pratiques de profilage social demeurent par la remise de constats d’infraction habituels liés aux règlementations municipales, mais également par les nouveaux constats émis en vertu de la loi sur la santé publique. S’il était important de dénoncer ces pratiques de profilage hier, il est tout autant nécessaire de le faire aujourd’hui alors que l’état d’urgence et d’exception alimente encore davantage les atteintes aux droits fondamentaux des plus démunis de notre société. En effet, compte tenu de la situation d’extrême vulnérabilité caractérisant les personnes vivant dans la rue, il est évident que le fait de donner des contraventions de 1546$ cause un effet préjudiciable disproportionné à ce groupe de personnes par rapport au reste de la société québécoise. Il est par ailleurs bien documenté que l’incapacité pour ces personnes de payer leurs contraventions – laquelle peut encore conduire à des mandats d’emprisonnement pour non-paiement d’amendes – ne fait que rajouter un poids ainsi que du stress et de l’anxiété sur la réalité des personnes confrontées à la judiciarisation. Cette réalité est bien présente chez les Autochtones, qui sont d’ailleurs surreprésentés dans la proportion de personnes itinérantes.

La judiciarisation de l’itinérance est tout aussi coûteuse et contre-productive dans un contexte de pandémie, alors que les personnes n’ont nulle part où aller et ont peu de monde sur qui compter.

L’après-crise

Arrêter de judiciariser et annuler les constats déjà émis devrait être la voie pour éviter que s’ajoute à la crise sanitaire, une crise judiciaire. Retenons les leçons de 2012, où la déconstruction de l’emballement répressif dans l’espace public a pris des années à se concrétiser au prix de nombreuses revendications, procès et remises en question. Elle a fait au passage de nombreuses victimes, d’amendes injustifiées, de conditions de remise en liberté complètement inappropriées, d’exigences illégitimes, etc.

En ces temps de pandémie, l’heure est au confinement, mais attention à ceux ou celles qui ne le respectent pas… On nous exhorte de rester à la maison alors qu’une société riche comme la nôtre tolère que de ses concitoyens et concitoyennes ne bénéficient d’aucune solution de logement. Il faut s’abstenir de moraliser la frange la plus marginale et vulnérable de notre société et d’hypothéquer davantage son sort. Il convient plutôt de la mettre à l’abri de la judiciarisation.

Céline Bellot, professeure, Travail social, Université de Montréal
Bernard St-Jacques, directeur, Clinique Droits Devant
Isabelle Raffestin, doctorante, Travail social, Université de Montréal

Dominique Bernier, professeure, Sciences juridiques, UQAM
Catherine Chesnay, professeure, Travail social, UQAM
Véronique Fortin, professeure, Droit, Université de Sherbrooke
Sue-Ann Macdonald, professeure, Travail social, Université de Montréal
Ève Laoun, Avocate, Centre d’amitié autochtone de Val d’Or
Ève-Marie Lacasse, coordonnatrice, Ligue des droits et libertés
Jacinthe Poisson, juriste
Jacinthe Rivard, professeure associée, Travail social, Université de Montréal
Annie Savage, Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM)
Marie-Ève Sylvestre, doyenne, Faculté de droit, Université d’Ottawa

[Audiences] Commission d’enquête sur les relations Autochtones/Québec

Val d’Or.  La Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec : écoute, réconciliation et progrès souhaite obtenir une participation active de l’ensemble de la population, autochtone et allochtone, des organisations et des associations autochtones et des services publics dans le but de mener à terme ses travaux.

Afin d’y parvenir, l’équipe de la Commission tient à faciliter la compréhension de la démarche à suivre pour toute personne, organisation ou association manifestant le désir d’y contribuer.

Si vous êtes un individu qui souhaite témoigner à la Commission ou qui souhaite partager des informations:

il possible de nous rejoindre via notre site web dans la section communications confidentielles ou par téléphone via notre boîte vocale confidentielle au 1 844 580-0113 (sans frais).

Si vous êtes dirigeant d’une organisation ou d’une association qui souhaite partager des informations ou soumettre un mémoire:

il est également possible de le faire en communiquant avec nous via notre site web dans la section communications confidentielles ou par téléphone via notre boîte vocale confidentielle au 1 844 580-0113 (sans frais).

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Visionner les audiences

Calendrier des audiences – septembre 2017

Jeudi, 21 septembre

Marjolaine Sioui et Richard Gray, Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL)

Vendredi, 22 septembre

Chef Lance Haymond et David Mclaren, Keboawek First Nation
Sébastien Grammond, Université d’Ottawa

Lundi, 25 septembre

Sheila Swasson et Carole Brazeau, Cercle national autochtone contre la violence familiale
Serge Bouchard, anthropologue

Mardi, 26 septembre

Serge Bouchard, anthropologue

Jeudi, 28 septembre
Grand chef Konrad Sioui et Me Kateri Vincent, Nation huronne-wendat
Eva Gunn et Elisapie Uitangak, Régie régionale de la santé et des services sociaux Nunavik (RRSSSN)
Annie Baron et Pascale Laneuville, Association des femmes inuites du Nunavik, Saturviit
Grand chef Joseph Tokwiro Norton, communauté de Kahnawake
Vendredi, 29 septembre

Chef Steeve Mathias, Long Point First Nation
Bella M. Petawabano et Daniel St-Amour, Conseil Cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James
Béatrice Vaugrante et Karine Gentelet, Amnistie internationale pour le Canada francophone

[Colloque] Rendre visible l’itinérance au féminin (7-8 déc. 2017)

Membres du Comité de reconnaissance et co-chercheures de la recherche Rendre visible l’itinérance au féminin, nous sommes près de 20 femmes, qui avons vécu ou qui vivons encore une situation d’itinérance et nous vous convions au colloque qui vient clôturer deux années de travail collaboratif avec des chercheur(e)s universitaires – représentant huit régions du Québec – et des étudiants.

Les résultats de recherche régionaux et globaux seront présentés, ponctués de capsules théâtrales, d’activités ludiques et symboliques, toutes réalisées par nous…avec un coup de pouce ! Nous sommes des défricheuses et des tricoteuses et nous savons que le filet social est troué, alors nous vous proposons d’apprendre à tricoter serré !

Inscrivez-vous, c’est gratuit !

Au plaisir de vous y retrouver !

Les co-chercheures du Comité de reconnaissance.

 

Description

Le filet social est troué ? Les défricheuses vous apprennent à tricoter serré.

Quelle est la réalité féminine de l’itinérance à Montréal et dans les régions ? Quels sont les services développés à l’intention de ces femmes ? Comment faire mieux ? Quelques questions qui seront évoquées dans une ambiance conviviale, participative et créative.

7 décembre 2017

  • 14h00 – 17h00 : Incursion dans la réalité des femmes en situation d’itinérance
  • 17h00 : 5 à 7 festif !

8 décembre 2017

  • 9h00 – 12h00 : Ce qu’on fait :approches, services et intervention
  • 13h00-16h00 : Ce qu’il reste à faire : mot de la fin

Gratuit, c’est un rendez-vous !

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[Consultation] Profilages racial et social à la Ville de Montréal

Consultation publique sur la lutte au profilage racial et au profilage social

Lire le mémoire : Mettre fin aux profilages : une urgence démocratique. C.Bellot,  Observatoire sur les profilages, juin 2017.

Montréal. La Commission sur le développement social et la diversité montréalaise et la Commission sur la sécurité publique invitent conjointement la population à participer à une consultation publique sur la lutte au profilage racial et au profilage social.

Cette consultation permettra de rendre compte des actions posées par la Ville de Montréal, d’identifier les perspectives à envisager pour éliminer le profilage social et le profilage racial ainsi que la contribution de chacun pour atteindre cet objectif commun.

Cette démarche débutera par une présentation publique du Bilan général des actions de la Ville de Montréal pour lutter contre le profilage racial et le profilage social 2012-2016.

Les citoyens et les groupes qui désirent participer à la consultation peuvent présenter un mémoire ou une opinion à la Commission conjointe lors d’une des assemblées publiques prévues à cet effet.

Audition des mémoires et opinions

  • Mardi, 20 juin 2017, à 13 h à 16 h
  • Mercredi, 21 juin 2017, à 13 h à 17 h (si nécessaire)
  • Jeudi, 22 juin 2017, à 19 h à 22h (si nécessaire)

Les personnes qui désirent soumettre un mémoire ou une opinion lors des audiences publiques sont priées de s’inscrire avant le jeudi 1er juin, à 13 h en complétant le formulaire en ligne disponible sur le site des commissions ou en appelant au 514-872-3000.

Tous les mémoires devront parvenir au plus tard le 16 juin 2017, à 13h, à l’adresse suivante : commissions@ville.montreal.qc.ca.

Toutes les séances ont lieu à la Salle du conseil de l’hôtel de ville, 275, rue Notre-Dame Est, Métro Champ-de-Mars : http://www.stm.info

Les personnes à mobilité réduite accèdent à l’hôtel de ville par la porte du côté est (510, rue Gosford). La salle est équipée d’un système d’aide à l’audition.

[2016-10-01 – Lancement de livre] Au nom de la sécurité ! Criminalisation de la contestation et pathologisation des marges

Lancement de livre

Au nom de la sécurité! Criminalisation de la contestation et pathologisation des marges

Sous la direction de Diane Lamoureux et Francis Dupuis-Déri, publié chez M Éditeur

Quand? Mardi 1er novembre17h à 20h

Où? Brasserie artisanale L’Amère à boire, 2049 rue St-Denis, 3e étage (entre les rues Ontario et Sherbrooke), à Montréal

Surveillance électronique, restriction des libertés individuelles, arrestations préventives, certificats de sécurité, censures, restrictions du droit de manifester, lois spéciales, injonctions, profilages, stigmatisation de la « folie », nettoyage social, l’opposition au pouvoir est de plus en plus criminalisée et la différence « pathologisée » ; on repousse à la marge tout ce qui apparaît comme une menace : l’islam, les Autochtones, les pauvres et les personnes en souffrance psychologique.

Céline Bellot, Pascale Dufour, Paul Eid, Éric Gagnon, Dalie Giroulx, Marie-Hélène Hardy, Marcel Otero, Michel Parazelli, Martin Petitclerc, Martin Robert et Marie-Eve Sylvestre collaborent à cet ouvrage.